Construire collectivement une “consigne à la française”

À l’occasion des prochaines Assises nationales des déchets et de l’économie circulaire, TOMRA participera pour la première fois en tant que speaker et partenaire. Stéphan Arino, directeur des affaires publiques Europe de l’Ouest, revient sur les enjeux liés à la consigne, au réemploi et à la performance des systèmes de collecte dans un contexte où l’économie circulaire dépasse désormais largement la seule question du déchet.

Quelle vision avez-vous des Assises des déchets et de l’économie circulaire et quel est selon vous le sens et l’intérêt de cet événement ?

C’est la première année que TOMRA participe en tant que speaker et sponsor aux Assises nationales des déchets et de l’économie circulaire, parce que cet événement devient aujourd’hui un rendez-vous de référence. Il s’est élargi aux enjeux d’économie circulaire, qui vont bien au-delà de la seule question des déchets. Cette évolution est totalement alignée avec la vision que nous défendons et avec les technologies que nous développons à travers le monde.

Chez TOMRA, nous intervenons sur deux des trois grands piliers de l’économie circulaire : le réemploi et la réutilisation. Cette évolution permet de “dézoomer” du déchet pour réfléchir à de nouveaux leviers pour l’économie de demain, au passage du déchet vers des matières premières secondaires, à de nouveaux usages et à de nouveaux acteurs.

Les Assises sont aussi intéressantes parce qu’elles réunissent autour de la table toutes les parties prenantes de la chaîne de valeur : industriels, apporteurs de solutions, collectivités publiques, ONG, chercheurs… Ce sont des systèmes complexes qui nécessitent de confronter les points de vue pour dépasser la théorie et aller vers des solutions concrètes et opérationnelles.

Nous avons donc saisi cette occasion pour contribuer utilement au dialogue avec une vision très opérationnelle, orientée solutions et mise en pratique.

Pourquoi intervenez-vous sur la thématique de la consigne dans le parcours “Mieux consommer” ?

Le cœur de métier de TOMRA est directement lié à ces enjeux. L’entreprise a été créée en 1972 en Norvège par deux frères qui ont inventé le premier automate de déconsignation de bouteilles en verre consignées, à la demande d’un commerçant de leur quartier. Depuis l’origine, l’ADN de TOMRA est donc d’accompagner la mise en œuvre de systèmes de consigne pour les contenants de boissons.

Aujourd’hui, la consigne pour les emballages de boissons à usage unique devient progressivement une obligation dans les pays européens. Nous accompagnons donc ces réflexions en partageant notre expérience d’installateur et d’opérateur de solutions concrètes. TOMRA a installé plus de 80 000 automates à travers le monde et récupéré plus de 50 milliards d’emballages l’an dernier.

Nous intervenons aussi pour partager des retours d’expérience internationaux. L’Allemagne a été pionnière dès le début des années 2000, mais des pays comme la Roumanie, l’Irlande, l’Autriche ou encore la Lettonie montrent aujourd’hui qu’il est possible de mettre rapidement en place des systèmes robustes et performants.

Par exemple, la Lettonie était à environ 45 % de collecte des bouteilles plastiques de boissons à usage unique en 2021. Après la mise en place de la consigne en janvier 2022, le pays atteignait déjà environ 90 % en 2024. En Roumanie, le système mis en place fin 2023 a permis d’approcher les 90 % dès fin 2025.

Ces résultats reposent toujours sur les mêmes piliers : un système simple pour le consommateur, un retour facilité en magasin, un montant de consigne équilibré, un remboursement garanti, des règles claires, mais aussi une gouvernance efficace avec des objectifs précis et des sanctions réellement appliquées.

Quels sont les enjeux principaux que vous souhaitez mettre en avant durant l’événement ?

Le premier enjeu est de rappeler que la consigne n’est pas une finalité mais un outil au service d’un objectif : améliorer la performance de collecte. Il faut partir du problème avant de choisir les outils.

Aujourd’hui, en France, le taux de collecte séparée pour recyclage des bouteilles plastiques est d’environ 56 %, ce qui signifie qu’environ 44 % des emballages sont encore enfouis, incinérés ou abandonnés dans la nature. Pour les canettes, le taux de recyclage est inférieur à 30 %. Cela représente environ 9 milliards d’emballages non collectés chaque année.

Les impacts sont à la fois environnementaux et économiques. Il y a les coûts liés à l’enfouissement et à l’incinération, mais aussi des coûts logistiques importants pour les collectivités. Une bouteille plastique vide prend énormément de place dans une poubelle de tri sélectif : réduire ce volume devrait permettre aussi de réduire le nombre de tournées de collecte.

Il existe également des enjeux de souveraineté et de compétitivité industrielle. Les emballages plastiques sont produits à partir de pétrole largement importé du Moyen-Orient. Avant les tensions géopolitiques récentes, on estimait déjà qu’entre 130 et 150 millions d’euros de matériaux étaient détruits chaque année par enfouissement ou incinération.

La consigne permet au contraire de récupérer des matériaux de très haute qualité grâce à des flux fermés et beaucoup plus qualitatifs, favorisant une réutilisation ou un recyclage à très forte valeur.

Nous souhaitons aussi mettre en avant l’importance des systèmes de “consigne mixte”, associant emballages à usage unique et réemploi. Cela permet de mutualiser les coûts et de faciliter l’adhésion des consommateurs. En Lettonie, le taux de retour des emballages réemployables est passé de 45 % à plus de 90 % après la mise en place de cette logique de consigne mixte.

Enfin, quel que soit le pilier de l’économie circulaire, on retrouve toujours les mêmes facteurs clés de réussite : efficacité opérationnelle, qualité de conception du système, clarté du cadre réglementaire, objectifs mesurables et pénalités appliquées rapidement. Certaines filières REP souffrent encore aujourd’hui de règles insuffisamment contraignantes ou de sanctions trop longues à être mises en œuvre.

En quelle mesure les Assises peuvent-elles contribuer à répondre à ces enjeux ?

Les Assises nationales des déchets et de l’économie circulaire arrivent à un moment clé. C’est le bon moment pour rouvrir ce débat en France, même s’il reste encore controversé.

Nous remercions d’ailleurs les organisateurs d’avoir eu le courage d’aborder le sujet de la consigne. Aujourd’hui, tout le monde a intégré qu’il faudra atteindre les objectifs européens, notamment celui de 90 % de collecte des bouteilles plastiques et canettes à usage unique d’ici au 1er juillet 2029. La question n’est donc plus de savoir s’il faut mettre en place la consigne, mais comment le faire collectivement.

Notre objectif est de partager des scénarios, des retours d’expérience et des points de vigilance pour construire une “consigne à la française”. Il n’existe pas un modèle unique applicable partout : chaque pays doit construire un système adapté à ses spécificités.

En revanche, nous savons qu’il faut environ deux ans pour préparer un système pleinement opérationnel. Cela signifie qu’il faut lancer les discussions rapidement si l’on veut être prêt début 2029.

L’intérêt des Assises est justement de permettre cette confrontation des points de vue entre acteurs publics, industriels, opérateurs et collectivités, afin d’éviter de repartir d’une feuille blanche et de s’appuyer sur les bonnes pratiques déjà mises en œuvre dans d’autres États européens. Le système de consigne est aujourd’hui éprouvé et efficace. Désormais, il est temps de passer à la construction.

Enfin, les Assises seront aussi l’occasion d’échanger avec de nombreux acteurs majeurs du secteur présents sur place. TOMRA est également co-leader mondial sur les capteurs de tri, ce qui donne à ces échanges une dimension très concrète et opérationnelle.