Tri des biodéchets, recyclage des plastiques complexes, mobilisation des territoires : pour Sylvain Waserman, président de l’Ademe et soutien important à la prochaine édition des Assises, l’économie circulaire entre dans une nouvelle phase. Après les grandes lois et la structuration des filières, l’enjeu est désormais clair : gagner en efficacité et embarquer les citoyens.
Le secteur de l’économie circulaire et de la gestion des déchets a connu une mutation profonde, avec la mise en place d’un cadre législatif exigeant, d’objectifs ambitieux et de modèles de fonctionnement innovants comme avec les filières REP. Quel est selon vous l’enjeu majeur aujourd’hui ?
Nous sommes à un moment charnière. Réduire les quantités de déchets est un enjeu clef, tout autant que les traiter et les recycler. Et pourtant, le contenu de notre poubelle grise nous rappelle les progrès que nous avons encore à faire : 32% des ordures ménagères résiduelles restent constituées de biodéchets, pourtant concernés par l’obligation faite aux collectivités de proposer une solution de tri à la source depuis 2024. Les logiques de tri restent ainsi un axe de travail majeur. Il est donc nécessaire que les citoyens s’approprient ce sujet, avec un rôle à jouer par les éco-organismes, les élus locaux et l’Etat. Nous n’avons pas fini de mettre en œuvre la chaîne de l’économie circulaire, et il faut désormais aller un cran plus haut.
Ce n’est pas un sujet simple, car les modèles économiques sont complexes et les équilibres parfois fragiles. Les modèles qui réussissent sont aujourd’hui ceux qui savent s’adapter, mobiliser les territoires et développer l’intensité d’usage des matières premières (avec une seconde vie aux ressources ou un allongement de la durabilité ou du réemploi, par exemple).
Aujourd’hui, il faut viser l’excellence opérationnelle et faire progresser les modèles en place pour plus d’optimisation et plus d’efficacité dans une logique d’amélioration continue.
Quel est le rôle des territoires dans ce processus d’appropriation citoyenne ?

Les territoires jouent un rôle essentiel pour faire comprendre à quel point les logiques circulaires sont vertueuses. Par exemple, les circuits courts permettent de rendre très concret l’impact du recyclage : influence directe de la qualité du tri sur le montant des impôts, utilisation des biodéchets pour des champs voisins ou pour générer de la chaleur, etc… Ces dynamiques permettent d’aller naturellement encore plus loin que la réglementation dont les territoires doivent s’emparer pour la rendre plus concrète et évidente.
Auriez-vous un exemple d’initiative locale pour illustrer ce type de dynamique ?
Il y a quelque temps, j’ai visité Athena recyclage, en Mayenne, et c’est un centre de tri exemplaire. Ce site à l’ambition de structurer une filière performante de recyclage des plastiques post-consommateur de divers provenance (déchetteries, flux industriels, REP). Le projet vise à démontrer une faisabilité technique et économique du recyclage de plastiques complexes, à structurer une chaîne de valeur complète et à produire une matière recyclée de qualité, compétitive et locale. Il s’appuie sur des emplois aidés, ce qui permet une appropriation sociale par les territoires. Ainsi, le tri est beaucoup plus fin et permet de recycler des plastiques solides, des papiers de couleur ou non…
Il existe encore de fortes disparités entre les territoires ou les filières de recyclage. Comment rendre les modèles plus efficaces ?
Les modèles ne doivent pas forcément être remis en question, même s’ils doivent faire l’objet d’un regard critique permanent pour viser l’amélioration continue. Il faut leur donner leur chance et leur laisser le temps de se développer.
Aujourd’hui, l’enjeu le plus important est de parvenir à une excellence opérationnelle. Par exemple, dans la gestion des flux de données, nous pouvons faire progresser la granularité pour améliorer notre action et notre réactivité. Il faut désormais aller plus loin dans la qualité, la vitesse et l’ampleur de l’exécution, en impliquant tous les acteurs, et à toutes les échelles.
Impliquer l’ensemble des acteurs est justement l’objectif principal des Assises nationales des déchets et de l’économie circulaire. Quel est selon vous le sens et l’intérêt de cet événement ?
Les Assises des déchets, et désormais de l’économie circulaire, constituent un temps structurant de dialogue entre acteurs économiques et décideurs publics. Elles permettent de fédérer et de connecter l’ensemble des parties prenantes engagées, porteuses de solutions concrètes en matière d’économie circulaire, afin d’accélérer leur diffusion et leur mise en œuvre. Elles offrent un cadre pour clarifier les priorités, partager une vision commune et fixer les objectifs qui orienteront l’action collective dans les années à venir ; et c’est essentiel.
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Jeudi 1er octobre 2026 de 8h30 à 9h15