Affiche de la 10e édition

Mme Paula Lehtomäki

Ministre de l’Environnement, Finlande

Quels sont selon vous les principaux enjeux des déchets ?

La question des déchets est une question centrale, déterminante à mon sens en ce qu’elle est liée directement à la question du changement climatique, mais aussi parce qu’elle nous concerne tous, collectivement et individuellement, dans nos modes de vie quotidiens qu’il faut savoir faire évoluer. Au global, le principal challenge que nous avons à relever est de réussir à démultiplier et à diffuser les principes de l’éco-conception, à améliorer l’efficacité des produits que nous concevons, fabriquons et consommons. C’est-à-dire qu’il nous faut être de plus en plus capable de produire plus avec moins, de trouver de nouvelles façons de concevoir puis fabriquer qui génèrent au total moins de déchets. La sphère du design, dans son ensemble, recèle en ce sens un champ majeur de réflexion. Autrement dit, il faut travailler avec détermination à la prévention de production de déchets, en même temps que nous développons des filières de recyclage toujours plus efficaces.

Comment jugez-vous le déploiement de la directive-cadre déchets en Europe ?

Cette directive propose des objectifs que je trouve globalement ambitieux… mais c’est bien d’être ambitieux en la matière ! Le rythme proposé promet d’être rapide, mais il ne sera pas trop rapide. Si l’Europe ne donnait pas le bon tempo, certains pays-membres risqueraient sans doute de ralentir leurs efforts. Je suis pour ma part très favorable aux directions tracées par ce texte, même s’il nous faut admettre avec modestie que nous sommes en Finlande bien loin des cibles qu’il propose. Nous avons beaucoup de chemin à parcourir. Un exemple : nous voudrions arriver à une mise en décharge limitée à 20 % des flux, mais nous en sommes aujourd’hui qu’à 50 %. On voit bien l’envergure des efforts à réaliser…

Quelle est la problématique spécifique de la Finlande en matière de déchets ?

Notre spécificité est notre densité de population très faible, ce qui entraîne on le sait bien des difficultés. Le risque est de devoir créer beaucoup d’installations de traitement, ou inversement de générer trop de transport de déchets. Il y a donc un équilibre à trouver. Pour progresser vers la réduction de la mise en décharge, il nous faut faire beaucoup plus de recyclage, c’est essentiel. Mais aussi, il faut l’admettre, nous devons développer l’utilisation des déchets pour la production d’énergie. L’installation de plusieurs usines d’incinérations est notre principale urgence. Évidemment, il existe des réserves sur cette filière énergétique. Mais dans un pays comme le nôtre, où nous en sommes quasiment à zéro, il faut passer un premier cap. Cela nous paraît incontournable, même si nous n’en faisons surtout pas un idéal. Nous avons ainsi plusieurs projets d’installations d’incinération qui sont en train d’avancer. Ils affrontent de solides résistances, mais nous avons ouvert un processus de dialogue et d’information, interactif et transparent, qui nous permet d’être optimistes.

Comment suivez-vous les expériences des autres pays européens ?

Notre spécificité territoriale rend difficile toute duplication d’expérience menée ailleurs. Pour autant, nous observons avec attention tout ce qui se fait en Europe, en Suède particulièrement où les conditions sont assez similaires aux nôtres. Si aujourd’hui nous sommes particulièrement actifs en matière d’incinération, nous ne voulons bien sûr négliger aucun des autres modes de traitement, à commencer par la prévention et le recyclage. Un colloque comme celui de La Baule est ainsi toujours très utile en ce qu’il permet de découvrir d’autres expériences, d’explorer d’autres problématiques. Personnellement, je recherche surtout dans de tels événements les pistes originales liées aux enjeux de l’éco-conception.

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