Retrouvez les discours aux assises dans "9e édition" / Discover the speeches of the Assises in "9th conference"
Affiche de la 9ème édition

Mme Nelly Olin

Interview avec Mme Nelly OLIN, Ministre de l’Ecologie et du Développement durable, France

version pdf de l’interview

Quels sont aujourd’hui, selon vous, les principaux enjeux des politiques déchets en Europe et/ou en France ?

Les principaux enjeux que je vois pour l’avenir sont la réduction des quantités de déchets produits et l’augmentation du recyclage, tout en assurant la maîtrise des impacts sur la santé et l’environnement de la gestion des déchets et en maîtrisant les coûts. Les tensions que l’on constate sur certaines ressources naturelles soulignent combien ces points sont toujours d’actualité. En particulier, la réduction des déchets signifie avant tout que les ressources sont mieux utilisées.

Des progrès ont été enregistrés récemment en France, je pense en particulier à la mise en place de plusieurs filières de produits en fin de vie, déchets d’équipements électriques et électroniques, imprimés non sollicités et bientôt les textiles usagés, mais c’est aussi le cas dans de nombreux pays européens. Cela passe notamment par une meilleure information de la population qui doit comprendre à quel point elle est acteur de la gestion des déchets.

Certains de nos voisins sont plus avancés que nous en terme de recyclage, nous avons pour notre part progressé aussi en matière de réduction des déchets. Ce dernier sujet me semble cependant devoir être pris davantage en compte au niveau communautaire. En effet, réduire les déchets signifie sensibiliser les Français pour qu’ils agissent au quotidien, en apposant un autocollant STOP PUB sur leur boîte aux lettres ou en buvant l’eau du robinet, pour agir localement, pour favoriser la réutilisation, la réparation etc., mais c’est aussi agir sur les produits mis sur le marché, or, du fait du marché unique, c’est bien au niveau européen qu’il faut agir.

Je soulignerai enfin un troisième enjeu, celui de la gestion locale des déchets. Un grand effort a été fait pour réduire les transports de déchets. C’est bon pour l’environnement, car le transport par route ou par mer consomme des carburants fossiles et entraîne des émissions de gaz à effet de serre. C’est aussi important en terme de sensibilisation, car cela montre que l’on ne peut pas se résoudre à envoyer les déchets chez les autres, c’est enfin important en terme de qualité de traitement, car cela amène les responsables à être plus vigilant.

Or, le développement du recyclage entraîne des échanges accrus de déchets. Si ce marché élargi permet des meilleurs prix de reprise, il faut être vigilant sur le fait que l’on n’envoie pas des déchets toxiques dans d’autres pays et s’assurer que les déchets envoyés seront bien recyclés. 

Les événements dramatiques de Côte d’Ivoire ou les contrôles réalisés dans différents ports européens montrent que nous devons encore progresser.

Que proposez-vous pour éviter les dérives que vous venez de mentionner ?

Il est indispensable de clarifier les responsabilités. Quand les responsabilités sont claires, les différents acteurs font en sorte de s’assurer que le traitement des déchets se fait dans de bonnes conditions. En particulier, dans le domaine des déchets, c’est bien au producteur ou au détenteur des déchets de faire en sorte que ses déchets soient traités sans impact sur l’environnement et la santé. Il lui appartient de choisir des prestataires qui feront un travail de qualité et si ce n’est pas le cas, c’est bien au producteur ou au détenteur de déchets de prendre les mesures réparatrices nécessaires. Je pense également qu’il faut sanctionner plus fortement les atteintes à l’environnement.

Je souhaite vivement que les débats en cours lors de la révision de la directive cadre permettent de mieux prendre en compte ce principe.

En parallèle, il convient de mieux contrôler ce type d’activité, mais des contrôles accrus doivent aller de pair avec une clarification des responsabilités.

Enfin, il faut clarifier certaines définitions pour que l’on sache vraiment de quoi on parle. Ainsi, les discussions en cours au niveau communautaire permettront des progrès en ce sens. Le parlement européen a pris une position intéressante sur la notion de recyclage, indiquant ce que cela recouvre et ne recouvre pas. De même, la notion de valorisation doit être précisée.

Quelle est votre analyse des enjeux liés à l’acceptabilité sociale des déchets et de leurs installations de traitement : comment informer la population, comment impliquer la population ?

C’est un enjeu extrêmement important pour les prochaines années. La première priorité est bien sûr de faire respecter la réglementation. Comment être crédible sur la maîtrise des impacts liés à la gestion des déchets si les règles ne sont pas respectées ? C’est pour cette raison que j’ai veillé à la bonne application de la nouvelle réglementation sur les usines d’incinération en fin d’année 2005. C’est aussi pour cette raison que je suis très vigilante sur la résorption des décharges non autorisées ou des dépôts de pneumatiques usagés. De grands progrès ont là aussi été enregistrés : 942 décharges non autorisées étaient recensées en septembre 2004. Fin janvier, il n’en restait plus que 251 et le nombre de sites concernés va encore diminuer fortement au cours des prochaines semaines. S’agissant des dépôts de pneumatiques, un tiers des 114 sites identifiés ont déjà été entièrement évacués.

Ces actions sont importantes car de telles situations créent des nuisances pour les riverains et il est indispensable d’y mettre fin rapidement.

Ce n’est cependant pas suffisant et il faut pour cela améliorer les modalités de concertation autour des différents sites, mais aussi, et d’une façon générale, mieux informer les Français sur la gestion des déchets. Cela passe déjà par une meilleure utilisation des outils existants, commissions locales d’information et de surveillance, sujet sur lequel France Nature Environnement nous a fait des propositions intéressantes, mais aussi améliorer le rapport du maire, les commissions de concertation sur les services publics locaux etc. En résumé et comme l’avait bien dit le Conseil national des déchets, il nous faut passer de la communication à l’information.

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