Je vois trois grands défis à relever.
Premièrement, la nouvelle directive-cadre européenne relative aux déchets doit nous permettre de créer une "loi fondamentale de la gestion des déchets" pour les 30 années à venir. Nous connaissons les problèmes (raréfaction des ressources, changement climatique, pollution des sols, des eaux et de l’air), mais pour la plupart, nous connaissons également les solutions. La nouvelle directive a pour objectif de faire appliquer rapidement ces solutions en Europe et dans chaque pays.
Deuxièmement, les normes organisationnelles et techniques d’élimination des déchets diffèrent énormément au sein de l’Europe des 27. Il est absolument nécessaire d’atteindre et d’appliquer des normes uniformes et aussi élevées que possible, ne serait-ce que pour une concurrence équitable : nous le devons à l’environnement.
Troisièmement, la gestion des déchets est un secteur de l’économie innovateur et créateur d’emplois. Le besoin de techniques efficaces est énorme au niveau mondial. L’Europe a la chance de pouvoir renforcer son rôle de pionnier dans ce domaine : c’est ce à quoi nous nous engagerons tout particulièrement pendant la présidence allemande de l’UE.
Quelle urgence attribuez-vous aux questions de prévention de la production de déchets d’une part, et de valorisation des déchets d’autre part, qui sont au cœur de l’évolution actuelle de la réglementation européenne (Stratégie thématique et projet de Directive-cadre) ?
Les objectifs sont les mêmes : économiser les ressources naturelles, optimiser leur efficacité et ne pas répandre de substances nocives dans l’environnement. Ces objectifs visent bien entendu à la protection du climat et des ressources. Nous pouvons les remplir de diverses manières : grâce à une prévention quantitative, c’est-à-dire en réduisant la consommation des ressources, et grâce à une prévention qualitative, à savoir la réduction des substances nocives dans le cycle économique. Cela s’accompagne d’une augmentation de la productivité. L’utilisation intelligente des ressources naturelles et des sources d’énergie, par la fermeture des cycles par exemple, ou encore par la réintroduction des matières premières provenant de déchets dans le cycle économique, offre un potentiel immense.
En Europe, nous nous rangeons essentiellement à l’opinion qu’il faut favoriser la prévention, tout en respectant les objectifs de prospérité, d’emploi et d’activité économique. Comprenez-vous, la "productivité des ressources sans privations" peut être obtenue grâce à une gestion des déchets durable. Pour atteindre ce niveau cependant, de gros efforts et de nombreux investissements sont encore nécessaires : c’est ce que j’entends par une "politique industrielle écologique".
Cette réglementation européenne vous paraît-elle aller dans le bon sens ?
Lors des débats au Parlement européen et au Conseil de l’UE se manifestent bien entendu les divers intérêts des États et des secteurs de l’économie. Il serait dommage de ne pas saisir la chance de mettre sur pied dès maintenant une politique stable en matière de déchets. Cependant, les compromis boiteux qui tentent de concilier illusions et réduction des coûts ne suffiront pas. Au cours de la présidence allemande, je vais m’efforcer d’apporter des idées progressistes et d’éviter toute réglementation superflue. Dans ce contexte, la sécurité juridique est un thème important, car elle est à la base de la sécurité de planification et d’investissement. Nous le devons aux parties concernées, car une politique moderne en matière de déchets ne peut fonctionner qu’en accord avec l’économie.
Quelle analyse faites-vous des différentes réalités du déchet dans l’espace européen : dans chacun des différents États-membres, ou entre les différents États-membres ?
De mon point de vue, on peut constater en Europe un certain fossé Nord/Sud, mais aussi Est/Ouest, lequel reflète entre autres les différentes dates d’adhésion des États membres. Les différences se manifestent toutefois également dans la volonté plus ou moins grande d’investir dans les infrastructures, mais aussi dans les problèmes d’acceptation rencontrés dans certains États et régions. Souvent, les investissements dans le domaine de l’environnement ne sont pas encore considérés comme prioritaires vis-à-vis d’autres mesures infrastructurelles. Cela doit et va changer : l’environnement et les ressources vont inévitablement devenir un facteur restrictif dans l’évolution future de l’économie, comme le montre dès aujourd’hui la hausse du prix des matières premières. Néanmoins, plus l’intérêt économique pour ces questions sera grand, plus élevés seront les investissements pour continuer à favoriser le développement économique. Les premiers à accepter ce fait seront les gagnants.
Quelle est votre analyse des enjeux liés à l’acceptabilité sociale des déchets et de leurs installations de traitement : comment informer la population, comment impliquer la population ?
Investir dans la protection de l’environnement, c’est investir dans le futur, aussi bien pour les citoyens que pour l’économie. Le grand écrivain allemand Kurt Tucholsky a écrit de son temps, je cite : "Am besten wäre ein Haus mitten in Berlin mit Blick auf die Alpen und die Ostsee." (L’idéal, ce serait une maison au centre de Berlin avec vue sur les Alpes et la mer Baltique.) Tout le monde aimerait vivre au vert tout en profitant des avantages de la société industrielle. Mais pour cela, il faut inévitablement accepter de prendre sur soi certains inconvénients, car repousser ses problèmes dans le jardin du voisin n’a jamais été la solution.
En Allemagne, nous menons cette discussion depuis longtemps déjà, et je constate avec joie que les problèmes d’acceptation du passé ont été en grande partie surmontés. Désormais, il existe des procédés confirmés, tels la médiation, nous permettant de faire participer la population aux processus décisionnels. Un débat constructif avec et entre toutes les parties est la bonne démarche, car sans les citoyens, de même que sans l’économie, la protection de l’environnement ne peut être garantie.
Comment l’expérience et les positions de votre pays à ce sujet bénéficient-elles, et/ou contribuent-elles, à une politique européenne des déchets ?
Sous la présidence allemande, au premier semestre 2007, nous allons essayer de faire quelque peu progresser le dossier difficile de la nouvelle version de la directive-cadre sur les déchets. Pour ce faire, nous pouvons tirer les leçons des succès, mais aussi des échecs de l’Allemagne. Nous savons bien que la situation de l’Allemagne ne peut ni ne doit représenter la seule référence. Dans chaque pays les données sont différentes, et chacun doit faire ses propres expériences, mais il ne faut pas imiter toutes les erreurs. Grâce à une coopération étroite, grâce à de nombreux contacts et discussions, nous devrions être en mesure, dans la Maison commune européenne, d’atteindre des buts communs en faisant les efforts nécessaires à cet effet. C’est ce pour quoi nous allons et je vais personnellement investir toutes mes forces.
Assises Nationales des Déchets - 2 rue Alfred Kastler BP 30723 - 44307 Nantes Cedex 3 France
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